jeudi 31 mai 2012

UN TRAÎTRE AU VATICAN




Paolo Gabriele accompagnait toujours Benoît XVI dans la papamobile, comme ici, à côté du chauffeur, place Saint-Pierre lors de la première audience générale. | Photo Eric Vandeville/ABACAPRESS



Accusé d’avoir volé des documents secrets, Paolo Gabriele, le Majordome de Benoît XVI, a été arrêté
Au Vatican, les postes téléphoniques 83 103 et 85 306, ceux de Paolo Gabriele, ne répondent plus. J’ai tenté de le joindre moi-même, en vain. Ça sonne dans le vide. La mise au trou soudaine du digne majordome, dans une pièce sécurisée de la gendarmerie pontificale, est stupéfiante. Lorsqu’on connaît ce personnage, quand on a pris l’habitude de le voir dans le décorum, auprès de Sa Sainteté, on a du mal à imaginer ce serviteur silencieux en cerveau d’une opération destinée à déstabiliser Benoît XVI. Des documents secrets, lettres et papiers importants, auraient été dérobés par ce dernier et retrouvés dans son appartement du Vatican. Dans sa sacoche, tout simplement. « Si ce n’est pas vrai, m’a dit un cardinal de la curie, c’est bien trouvé. »

En vérité, ce respectueux valet muet, vivant dans l’ombre du Souverain Pontife, est un homme de 46 ans et de belle allure, qu’on pourrait croire échappé d’un film de Visconti. Il travaillait auparavant à la préfecture de la maison pontificale. Un être discret, distingué, dévoué. Ces trois D sont indispensables pour occuper cette place jalousée. L’une des seules fonctions laïques auprès de l’évêque de Rome. Celui qui endosse l’habit du héros d’un triste roman de Pentecôte a été l’élève d’Angelo Gugel, le majordome vénitien qui servit avec fidélité et style trois papes successifs : Albino Luciani, Karol Wojtyla puis Joseph Ratzinger, jusqu’en 2006. En faisant ses débuts à ses côtés, « Paoletto », comme l’appellent les vaticanistes, a été à bonne école. Il était bien vu parce qu’il distribuait largement médailles et chapelets à tous ceux qui approchaient Sa Sainteté lors des cérémonies dans ses appartements privés. Mais on appréciait surtout sa vigilance auprès du Pape.

AU CŒUR DU PALAIS APOSTOLIQUE PERSONNE
N’EST JAMAIS SEUL ET TOUT LE MONDE SE SURVEILLE

Du matin au soir, il veillait sur son « patron », ne le quittait pas des yeux, anticipait chacun de ses gestes. Il le protégeait. Je me souviens qu’il avait empêché le photographe de Paris Match Jean-Claude Deutsch de diriger son objectif vers les interrupteurs frappés des armoiries pontificales. Il devait avoir ses raisons…
Employé zélé, il était au travail dès 6 h 30. Il assistait le Saint-Père, lui préparait son camail blanc et tous ses habits. A 7 heures, il l’accompagnait à la messe. A 8 heures, il lui servait le petit déjeuner dans sa salle à manger. A 11 heures, il était près du Saint-Père pendant ses audiences. A 12 h 30, pour le déjeuner, Paolo faisait le service. A 19 h 30, le fidèle aide de chambre s’occupait du dîner avant de prendre congé. Cet Italien apparemment sans histoire, marié et père de trois enfants, avait la confiance du Pape. Comment un proche, vivant dans la vénération, a pu devenir une « taupe » au sein d’un système très sécurisé ?

Au cœur du palais apostolique, cercle très fermé, personne n’est jamais seul et tout le monde se surveille. Si les murs recouverts d’épais damas n’ont pas d’oreilles, les pas sur les sols de marbre précieux résonnent. Dans l’appartement, se croisent en permanence les deux secrétaires de Sa Sainteté, don Georg Ganswein et don Alfred Xuereb, les quatre laïques consacrées du mouvement Memores Somini, Loredana, Carmela, Cristina et Rossella, la secrétaire et traductrice – la veuve Birgit Stampa –, le frère du Pape don Georg, ancien maître de chapelle et chef du chœur de la cathédrale de Ratisbonne, et parfois l’équipe médicale, installée juste à côté de la chambre du Pape. Enfin pour quitter l’appartement privé, même les collaborateurs de Sa Sainteté passent devant de nombreux gardes suisses au regard inquisiteur. Ces derniers montent aussi le courrier et accompagnent les visiteurs privés. Pas simple de se livrer ici à de l’espionnage. Il peut se concevoir que Paolo Gabriele ait été malheureux, affligé par l’atmosphère délétère qui règne au Vatican depuis des mois. Un terreau favorable à la manipulation...

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