jeudi 22 décembre 2011

JEAN-PAUL II


Jean-Paul II Et … 25 novembre, 2010
Classé dans : 21 LE VATICAN ET SES HISTOIRES,21.1 La Garde Suisse,21.2 Attentat J-P. II — André @ 15:48
1981 : DE JEAN-PAUL II À ALOIS ESTERMANN : LES SECRETS D’ETAT DU VATICAN
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Rappelons que le pape, depuis 1870, a perdu les « états pontificaux » sur lesquels il avait régné pendant dix siècles et que, en février 1929, il a été rétabli dans un état souverain (de 0.44 Km² : la cité du Vatican) par les accords de Latran signés entre le dictateur fasciste Benito Mussolini et le cardinal Gasparri. Le pape est donc le souverain élu du plus petit état du monde sans être responsable devant quiconque, le Vatican est dans les faits une théocratie.

La cité du Vatican, elle, est dotée d’une législation propre qui s’étend également au palais pontifical de Latran et à la villa de Castelgandolfo (qui n’est donc pas territoire français). Seule la basilique Saint-Pierre reste sous la juridiction italienne et le contrôle des carabiniers (souvent en retard). Ce système juridique a été mis en place en 1929 dans le cadre de 6 grandes lois promulguées par le pape Pie XI. Mise à part la « Loi fondamentale sur la Cité du Vatican » (une sorte de constitution de 20 articles remaniée en 2001) aucun des autres textes (lois, règlements, décrets) qui régissent la Cité du Vatican n’est accessible au public : il n’y a pas de « Journal Officiel », c’est l’opacité.

Au total, environ 4 000 personnes travaillent quotidiennement dans la Cité du Vatican, environ 800 y résident à plein temps (dont la « Garde Suisse » : service de sécurité du pape d’une centaine de personnes, soit 75 à 80 « hallebardiers », 15 sous-officiers et 5 officiers) et, d’une manière générale, 450 personnes en possèdent la nationalité

Le 16 octobre 1978, l’élection du cardinal polonais Karol Wojtyla au trône de Saint Pierre constitue une surprise : cet homme encore jeune (il a 58 ans) n’était pas parmi les favoris et, véritable outsider, il n’a été élu qu’au huitième tour de scrutin. Cette forte personnalité (il a été en son temps le plus jeune évêque de Pologne, il aime le sport, le ski, la natation et a même écrit une pièce de théâtre) a par ailleurs une caractéristique inédite : Karol Wojtyla est un slave, originaire d’un pays (la Pologne) qui fait partie du « bloc de l’Est », où la pénurie est chronique, où le parti est unique, où il n’existe pas de syndicat libre, où la religion est réprimée mais dont la population, dirait-on, résiste encore et toujours à l’envahisseur grâce à un esprit de rébellion et d’indépendance caractéristique du courageux peuple polonais.

Or, en 1981, la « Guerre Froide » perdure entre les pays du bloc communiste et les démocraties libérales de l’« Ouest » même si, après la mort de Staline (1953) et la « déstalinisation », une phase de « dégel » (1964) s’est ouverte, elle-même suivie d’une période dite de « détente » (accords de limitation des armements stratégiques « Salt I » Nixon – Brejnev de 1972 et « Salt II » Carter – Brejnev de 1979). Au début des années80, on est dans une phase dite de « coexistence pacifique » (le terme « pacifique » étant d’ailleurs très relatif).

Le Mur de Berlin, pense-t-on, n’est pas prêt d’être abattu. Peu d’opportunités se présentent pour prendre un quelconque avantage sur l’autre camp en Europe de l’ouest. Certes, le Parti Communiste Français, ouvertement inféodé à Moscou, a accédé au pouvoir en France aux côtés du président socialiste Mitterrand (1981) : les ministères qu’il a obtenus sont cependant secondaires (Fonction publique, Santé, Transports, Formation professionnelle) et Moscou ne peut guère accroître son influence dans le pays à l’aide de ce parti politique en déclin. A l’inverse, la contestation gagne du terrain en… Pologne sur le terrain syndical.

Un syndicat libre non affilié au Parti Communiste polonais est né depuis le printemps 1980 aux chantiers navals de Gdansk : Solidarnosc. Cette épine sans précédent dans le pied communiste, toutes les forces hostiles au bloc soviétiques vont s’efforcer de l’enfoncer plus avant. Parmi ces forces : l’église catholique polonaise.

Mais attention ! Le pouvoir totalitaire communiste n’est pas tombé de la dernière désinformation et il a su lui-même infiltrer l’église polonaise de taupes à la solde du régime (on ne sait pas, à l’époque, que 10 % des prêtres polonais collaborent avec la redoutable police politique, la « SB ») : c’est une âpre partie d’échecs qui se joue.

Dans ces conditions, l’élection d’un pape… polonais, Karol Wojtyla (13 octobre 1978) n’est pas pour réjouir les hiérarques cacochymes du Kremlin qui ont déjà pas mal de dissidents à fouetter : c’est même carrément une provocation.

Dès 1979, des rumeurs selon lesquelles un attentat serait en préparation contre Jean-Paul II commencent à circuler (au plus haut niveau). Dans son livre « Le gendarme de Chirac » (Albin Michel, 2006), Michel Roussin (un ancien du Medef, du RPR et de la mairie de Paris, ancien ministre et ancien directeur de cabinet du chef du contre-espionnage français jusqu’en 1981 : quelqu’un qui s’y connait en coups tordus !) affirme ainsi que les Français préviennent les services du contre-espionnage italien et le Vatican. De leurs homologues transalpins comme de monseigneur Burgener et du cardinal Bonazzi, ils ne reçoivent qu’un accueil aimable mais sceptique.

Le 13 mai 1981, le pape Jean-Paul II se livre à un bain de foule depuis sa voiture découverte, en se rendant à une audience et en traversant une place Saint-Pierre noire de fidèles. Il serre des mains, distribue des sourires. Chacun l’attend pour le voir et l’approcher. Mais un homme en particulier et plus impatient que les autres. Il s’agit d’un Turc du nom d’Ali Agça. Il est armé. Et soudain…il commet cet acte inédit : tenter d’assassiner un pape à coups de pistolet ! Il tire par trois fois. Le pape s’écroule. L’assassin est rapidement maîtrisé par la foule et par le service de sécurité du pape, dont l’un des gardes du corps de Jean-Paul II, un grand gaillard suisse de 27 ans nommé Alois Estermann, entré l’année précédente à son service, s’interpose et soulage le pontife.

Les images font le tour d’une planète stupéfaite et anxieuse. Jean-Paul II est rapidement opéré et sa vie est sauve. Le Vatican diffuse même des images où il est alité : une première, justifiée par des circonstances réellement exceptionnelles !

Ali Agça, lui, est arrêté par la police italienne et interrogé. Un juge d’instruction italien est nommé, bien que la place Saint-Pierre soit située à l’intérieur du Vatican et que cet état, souverain, puisse juridiquement parfaitement décider de mener l’enquête par ses propres moyens. Nous verrons plus loin l’importance de ce point.

Ali Agça est turc, c’est un criminel de droit commun né en 1958 qui a séjourné en Bulgarie et en Syrie avant d’être condamné en Turquie, en 1979, à la prison à vie pour l’assassinat d’un journaliste de centre-gauche. Mais il s’est évadé du pénitencier au bout de quelques mois et a ensuite transité à nouveau par la Bulgarie. Il appartient à une organisation ultranationaliste turque : « Les loups gris ». Son mobile n’est pas clair et ses propos laissent à penser que l’homme est psychologiquement dérangé : « C’est Sergueï Antonov (un employé du bureau de la compagnie Balkan Air à Rome) qui m’a fourni le pistolet. Il a agi sur ordre des services secrets bulgares » indique-t-il aux enquêteurs. On lui a offert 3 millions de deutschemarks (la monnaie ouest-allemande de l’époque), prétend-il aussi et affirmant que, sur le fond, il se considère comme un mercenaire qui se vend au plus offrant. A Rome, il aurait rencontré deux complices, un autre Turc et deux Bulgares.

Au début, ses explications sont plutôt cohérentes mais Ali Agça se met rapidement à tenir des propos qui font douter de ses facultés mentales : « J’ai agi pour le compte des services secrets anglais » dit-il, « J’ai aussi tenté d’assassiner Simone Veil et la reine d’Angleterre » ou encore « J’annonce la fin du monde, je suis le Christ omnipotent ». Jugé cependant sain d’esprit, il est finalement condamné à vie et, en décembre 1983, reçoit la visite, en prison, de… Jean-Paul II, qui indique publiquement lui avoir pardonné.

Bien. Mais l’essentiel n’est pas là : qui sont les véritables commanditaires ? Les recherches vont se poursuivre durant plusieurs années. Les Bulgares, l’Allemagne de l’Est, l’Union Soviétique : tous démentiront être à l’origine du complot. Accusé par le tueur Ali Agça, le bulgare Sergueï Antonov sera l’objet d’une enquête de 3 ans qui aboutira à un non-lieu. Outre la police, de nombreux journalistes se lanceront dans des investigations poussées. Une commission parlementaire italienne, la « Commission Mitrokhine » poursuivra même ses travaux jusqu’en 2006. Toutes les pistes, globalement, tourneront autour de la responsabilité du bloc de l’Est, sans cependant jamais en apporter aucune preuve formelle. Même l’ouverture des archives de la Bulgarie communiste, au début des années 90, n’apportera pas d’élément décisif.

Des thèses plus hardies et des confidences certainement calculées ajouteront même à la confusion :

· le criminel mafieux repenti Vincenzo Calcara affirmera ainsi en 1992, dans ses mémoires, qu’il était au courant de la préparation de l’attentat et était même chargé de mettre à l’abri deux Turcs qui devaient se présenter à lui : il n’en avait finalement vu arriver qu’un seul (Ali Agça ayant été arrêté), qu’il avait d’ailleurs fait assassiner. Des preuves ? Hélas aucune : le cadavre ayant mystérieusement disparu…

· avec un gros succès de librairie mais peu d’éléments concrets, la journaliste américaine Lucy Komisar affirmera, elle, que les Etats-Unis étaient seuls responsables de l’attentat, motivés par leur stratégie dite à l’époque « de la tension » et ayant manipulé Ali Agça à travers un réseau d’espions « stay-behind » appelé « Gladio », lequel commettait des actions violentes en Europe fallacieusement attribuée à l’Extrême-gauche : une intrigue digne de romans d’espionnage mais, à la réflexion, guère plus échevelée que les projets calamiteux et réels de la CIA ailleurs dans le monde…

· Jean-Paul II affirmera quant à lui, en 2002, « qu’il n’avait jamais cru en la piste bulgare » : sans préciser évidemment pour quelle raison ni, surtout, en quelle piste alternative il croyait…

Alors, qui a tenté de tuer Jean-Paul II ce 13 mai 1981 ? Faute d’éléments convaincants, aujourd’hui encore, on ne sait toujours pas à qui imputer l’attentat. Ali Agça, lui, a été finalement libéré de sa prison italienne en 2000, après 19 ans de détention. Gracié, il a été extradé vers la Turquie où l’on n’avait pas oublié là-bas qu’il avait été condamné à vie en 1979 pour un autre assassinat : il fut donc réincarcéré illico ! A nouveau brièvement libéré en 2006 puis encore réincarcéré à la suite d’un imbroglio judiciaire, il sortira en 2010.

Au Vatican, l’alerte a été chaude. On construit un véhicule spécial aux vitres blindées mais transparentes et aux allures d’aquarium : la presse forge pour celui-ci le néologisme de « papamobile ». Jean-Paul II est plus que jamais surveillé et, semble particulièrement goûté la proximité avec Alois Estermann, le garde suisse présent au moment critique : ce dernier a notamment le privilège d’accompagner le souverain pontife lorsque celui-ci part se reposer chaque année dans les Dolomites.

Or, c’est précisément à Alois Estermann que nous allons maintenant nous intéresser : dix-sept ans après l’attentat de Rome, en 1998, le nom de ce garde suisse va réapparaitre dans une affaire au moins aussi ténébreuse.

En ce printemps 1998, le Vatican est d’abord secoué par le meurtre d’un « maître des cérémonies » : celui-ci ne sera jamais élucidé et le Vatican, dans les semaines qui suivent, subit les critiques nourries de la presse italienne sur l’opacité qui entoure ce forfait et l’absence manifeste d’enquête. Ce n’est rien encore.

Car le 4 mai 1998, un drame a lieu dans le bâtiment des gardes suisses, situé non loin des appartements de Jean-Paul II. C’est dans ce bâtiment que loge, avec son épouse, Alois Estermann. Ce dernier a maintenant 44 ans. La veille, Estermann, ce fidèle d’entre les fidèles apprécié du pape, a été promu chef de la garde suisse. Curieusement, il l’a été en dépit d’un avis pourtant très réservé rendu sur son compte précédemment par la conférence des évêques helvétiques (avis obligatoire mais non contraignant).

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